Drogues récréatives et antirétroviraux : un mauvais mélange?

le résumé

Certains médicaments fréquemment prescrits pour le traitement du VIH sont susceptibles de causer des interactions dangereuses lorsqu’ils sont pris avec des drogues récréatives. On parle en particulier du cobicistat, de le ritonavir (NORVIR ®) et possiblement de certains inhibiteurs non-nucléosidiques de la transcriptase inverse. L’interaction entre les drogues récréatives et ces médicaments (les deux premiers étant utilisés pour booster la concentration des antirétroviraux dans l’organisme) comporte des risques d’effets indésirables, notamment l’intensification des effets de la drogue, des risques de toxicité et éventuellement de surdose involontaire et fatale.

Bien que possibles, les interactions entre drogues récréatives et antirétroviraux à action directe contre le VIH suscitent moins d’inquiétude que dans le cas des boosters

les détails

Dans un article initialement publié sur Aidsmap, traduit et publié sur Gay, ma santé! (et dont nous proposons ici un résumé), il est fait référence à un groupe d’experts qui a mené une revue de la littérature et des cas cliniques documentés pour proposer un bilan des connaissances à ce jour, en matière d’interactions entre drogues récréatives et antirétroviraux. À leur avis, les risques les plus sérieux sont surtout associés au cobicistat et au ritonavir, et possiblement à certains inhibiteurs non-nucléosidiques de la transcriptase inverse.

Antirétroviraux à action directe et boosters

Les antirétroviraux à action directe et les boosters se complètent, dans le traitement du VIH. Les premiers agissent directement sur le virus, alors que les seconds visent plutôt à augmenter le niveau de concentration des antirétroviraux dans l’organisme. Ils ralentissent l’action de dégradation du foie, de manière à ce qu’ils puissent demeurer plus longtemps dans l’organisme.

Le cobicistat et le ritonavir

Ces deux médicaments font partie de ces « agents boosters » sans lesquels les médecins seraient dans l’obligation de prescrire des doses massives d’antirétroviraux, pour atteindre la même efficacité. À noter, ces deux médicaments peuvent également faire partie des composantes d’autres médicaments antirétroviraux portant un nom différent, notamment STRIBILD ®, PREZCOBIX ®, EVOTAZ ®, KALETRA ® et VIEKIRAX ®.

Interactions dangereuses

Certaines drogues récréatives, le cobicistat et le ritonavir sont métabolisés par les mêmes enzymes du foie, ce qui peut être à l’origine de ces interactions dangereuses. Ces boosters, qui ont comme rôle de ralentir l’action du foie pour conserver les antirétroviraux le plus longtemps possible dans le corps, font la même chose avec les produits psychoactifs qui se trouvent dans les drogues. Il s’ensuit que la concentration et la durée de vie des drogues dans l’organisme augmentent, menant parfois à une overdose. En cas de consommation de drogues par injection, les risques d’overdose sont encore plus sérieux, car la concentration des produits absorbés augmente plus rapidement. Parmi ces drogues, on retrouve la méthamphétamine (crystal), le MDMA, la méphédrone et la kétamine.

Viagra, Cialis, Valium, Xanax…

Les médicaments contre les troubles érectiles et les benzodiazépines sont également métabolisés par ces mêmes enzymes, et largement utilisés au sein de la population séropositive. Les auteurs de la revue mentionnée plus haut sont d’avis qu’ils représentent un risque à ne pas sous-estimer, car ce sont des médicaments dont l’usage est parfois abusif, se faisant souvent « hors circuit médical », malgré qu’il s’agisse de médicaments sous ordonnance. 

 les conseils du pharmacien

Les médicaments contre le VIH sont souvent le produit de combinaisons de plusieurs molécules (par exemple les régimes à comprimé unique ou RCU), et il peut être difficile d’identifier celles qui présentent un risque d’interaction avec les drogues récréatives.

Si, selon la recherche, le potentiel d’interactions entre les antirétroviraux et les autres drogues récréatives non citées est plutôt faible, il convient toutefois d’être très prudent. À titre de pharmaciens, nous ne pouvons que vous déconseiller la consommation de drogues récréatives, afin de ne pas encourir de risques inutiles.

Nous savons toutefois que cette pratique est courante. C’est pourquoi nous vous recommandons de ne pas passer sous silence vos habitudes en matière de consommation de drogues récréatives, mais plutôt d’en parler avec nous ou avec votre médecin, afin que vous puissiez être informé des risques potentiels et, le cas échéant, que l’on vous propose des médicaments dont le risque d’interactions est plus faible.

liens utiles

Guide thérapeutique VIH / VHC
Rachel Therrien, B.Pharm M. Sc.

FAQ de traitements – Drogues récréatives et le VIH
Catie — Source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C

Tableau des interactions entre les antirétroviraux et les drogues récréatives
Université de Liverpool, Angleterre

Contre-indications

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