Photo de Lisa Forkner sur Unsplash.

Introduction

Le potassium est un métal alcalin mou, d’un blanc argenté, très réactif. Au contact de l’eau, il peut s’enflammer spontanément ; à l’air libre, il s’oxyde en quelques secondes. Dans la nature, on ne le trouve jamais à l’état pur. Il porte le numéro atomique 19 et le symbole K.

Cette série présente les éléments du Tableau périodique des éléments chimiques. Ce répertoire, conçu vers 1869 par Dmitri Ivanovich Mendeleïev, rassemble tous les éléments chimiques, qui composent l’univers, tel que nous le connaissons aujourd’hui. L’ingéniosité de ce Tableau tient dans la méthode de répartition des éléments, selon leur numéro atomique, mais aussi selon leurs caractéristiques physiques et chimiques. Ce classement astucieux permet alors d’identifier des éléments existants qui restaient à découvrir, ou même de prédire les propriétés d’éléments chimiques inconnus à l’époque. Sa dernière mise à jour date de 2016, et compte 118 éléments.

En 1807, le chimiste britannique Humphry Davy isole l’élément pour la première fois par électrolyse — une méthode qu’il venait d’appliquer au sodium, quelques semaines plus tôt. Davy le nomme potassium, d’après la potasse dont il l’a extrait.

Septième élément le plus abondant de la croûte terrestre, le potassium est présent dans une grande variété de minéraux et de roches. Il est aussi l’un des nutriments essentiels du vivant : indispensable aux plantes, aux animaux et aux humains, il circule dans les cellules, les sols et les océans.

Le potassium au passé

— La potasse : une industrie née de ses cendres

La potasse figure parmi les premiers produits chimiques industriels exportés d’Amérique du Nord.

Longtemps avant de connaître le potassium, on savait que les cendres mélangées à l’eau pouvaient nettoyer, blanchir les fibres ou entrer dans la fabrication du savon et du verre. De l’autre côté de l’océan, ces usages étaient anciens, remontant jusqu’à l’âge du bronze.

Au XVIIIe siècle, dans les terres du Canada, ouvrir un champ (pour y planter du blé et des légumes) commence par abattre la forêt. Les troncs d’arbres servent alors au chauffage ou à la construction. Les branches, les souches et les rebuts sont brûlés. Après le feu, il reste une matière grise et légère bien connue : la cendre.

Les colons s’appliquent à la transformer. On verse de l’eau sur les cendres, on récupère le liquide riche en sels minéraux, puis on le fait bouillir jusqu’à obtenir une substance alcaline : la potasse. Le mot vient de l’anglais pot ash, littéralement « cendre de pot », en référence aux chaudrons utilisés dans ce procédé de lixiviation.

Dès 1767, le pays exporte de la potasse vers la Grande-Bretagne. Pour plusieurs familles, ces barils de cendres transformées représentent l’un des rares moyens de se procurer de l’argent comptant (contrairement au troc). Défricher la terre ne profite plus seulement à l’agriculture : cela nourrit aussi un commerce. Pendant près de deux cents ans, le potassium nord-américain sort ainsi des chaudières, des fours et des clairières. Puis la source change radicalement.

En 1943, en Saskatchewan, lors de forages pétroliers, on découvre des gisements souterrains de potasse. Ils proviennent d’une mer intérieure qui recouvrait autrefois une partie des Prairies et qui s’est évaporée il y a environ 400 millions d’années, laissant derrière elle d’épaisses couches de sels. Le potassium n’est plus recueilli dans les restes d’un feu : il est extrait des profondeurs de la Terre. Aujourd’hui, la province souvent surnommée le « Grenier à blé du Canada », est le principal producteur et exportateur de potasse, avec plus de 30 % de la production mondiale.

Minerai de potasse

Minerai de potasse. La couleur rouge des minerais de potasse provient d’impuretés, surtout des oxydes de fer, et non du potassium lui-même. Source : Encyclopédie canadienne

— Le nitrate de potassium : composant clé de la poudre noire

Sous forme de nitrate de potassium, ou salpêtre, le potassium constitue l’ingrédient charnière de la poudre noire, premier explosif chimique utilisé à grande échelle dans l’histoire.

Mise au point en Chine vers le IXe siècle, la poudre noire réunit, dans sa formule classique, trois substances : le charbon de bois (15 %), le soufre (10%) et le nitrate de potassium (75%). Le charbon sert de combustible. Le soufre facilite l’inflammation et accélère la combustion. Le salpêtre, lui, agit comme comburant, en libérant l’oxygène nécessaire à la déflagration. Ce mélange génère chaleur, gaz et pression en quelques instants.

Lorsque la formule gagne le Moyen-Orient, puis l’Europe, un problème surgit : le salpêtre naturel y est rare. Or, sans nitrate de potassium, pas de poudre noire. Il faut donc apprendre à le fabriquer.

Pendant des siècles, on le produit à partir de matières organiques en décomposition : fumier, paille, litière animale, débris végétaux, terres imprégnées d’urine ou gravats d’étables. Ces matériaux sont entassés en buttes appelées nitrières. On les humidifie, on les retourne, puis on les laisse vieillir pendant de longs mois — un peu comme du compost. Des bactéries transforment progressivement l’azote contenu dans ces déchets en nitrates.

La terre est ensuite lessivée à l’eau, souvent chaude. Le liquide récupéré est filtré, puis mélangé à des sels de potassium — généralement issus de la potasse des cendres de bois. Cette étape permet d’obtenir du nitrate de potassium cristallisable, mieux adapté à la fabrication de poudre. Le procédé est lent, exigeant et malodorant.

À partir du XIVe siècle, canons et armes à feu modifient les champs de bataille. Les murailles médiévales, conçues contre les échelles et les projectiles, résistent mal aux armes lourdes. L’architecture militaire change. Le salpêtre a participé à l’un des grands basculements techniques de l’Histoire : le passage des armes mécaniques à l’ère de l’artillerie.

Poudrière de l'Esplanade à Québec

Poudrière de l’Esplanade, sur le Lieu historique national des Fortifications-de-Québec. Source : Wiki

Le potassium au présent

— Le potassium et les signaux électriques

Dans le corps humain, le potassium n’agit ni comme un carburant ni comme un matériau de construction. Dissous dans les liquides corporels, il fait partie des électrolytes, ces minéraux chargés électriquement indispensables aux signaux nerveux, aux contractions musculaires et au rythme cardiaque.

Environ 98 % du potassium de l’organisme se trouve à l’intérieur des cellules — tandis que le sodium domine à l’extérieur de celles-ci. Cette répartition crée une différence de charge électrique entre les deux côtés de la membrane cellulaire. Ainsi, chaque cellule entretient une forme de tension microscopique, maintenue en permanence, comparable à celle d’une pile.

Pour maintenir cette tension, le corps utilise un piston moléculaire : la pompe sodium-potassium. Présente dans chaque membrane cellulaire, elle expulse du sodium vers l’extérieur et fait entrer du potassium à l’intérieur ; une part importante de l’énergie au repos y est consacrée.

Lorsqu’un message doit être transmis — par exemple pour déclencher un mouvement, certaines « portes » de la membrane s’ouvrent : le sodium entre, puis le potassium sort. Ce déplacement de charges modifie localement la tension et crée une onde électrique qui se propage le long du nerf. Une fois le signal passé, la pompe sodium-potassium rétablit la situation initiale, afin que la cellule puisse envoyer un nouveau message.

Le même principe est à l’œuvre dans l’ensemble du système nerveux. Le cœur, organe bioélectrique, dépend lui aussi de ces échanges pour préserver un rythme régulier. Le potassium participe ainsi à chaque pensée, chaque mouvement et chaque battement de cœur.

— Le K dans N-P-K (ou le potassium dans l’engrais)

Sur la plupart des sacs d’engrais apparaissent trois lettres devenues familières pour tout jardinier un peu curieux : N, P et K. Elles désignent l’azote, le phosphore et le potassium, trio de base de la fertilisation. Chacun joue un rôle différent. L’azote stimule la croissance des feuilles et des tiges. Le phosphore soutient les racines, la floraison et les transferts d’énergie. Le potassium, lui, agit plus discrètement.

Contrairement à l’azote ou au phosphore, le potassium n’entre pas dans la structure même des grandes molécules du vivant. Dissous dans la sève, il circule dans la plante, active des enzymes, régule l’équilibre hydrique et participe au transport des sucres issus de la photosynthèse.

Une plante bien pourvue en potassium se défend généralement mieux face à la sécheresse, au froid et à certains stress physiologiques. Il influence ainsi la qualité des récoltes. Dans plusieurs types de cultures, un apport suffisant améliore la taille des fruits, leur teneur en sucre, leur conservation ou leur résistance aux meurtrissures. Pommes de terre, tomates, bananes, betteraves sucrières et céréales figurent parmi les grandes consommatrices de potassium.

Les carences — jaunissement des bordures (chlorose), brunissement (nécrose), port mou ou tiges fragiles — se manifestent souvent sur les parties plus âgées. Lorsqu’il vient à manquer, la plante redirige le potassium en circulation vers les jeunes tissus.

En résumé : N (azote) pour pousser, P (phosphore) pour construire, K (potassium) pour résister.

Feuille montrant des signes de carence en potassium.

Feuille montrant des signes de carence en potassium.

 

Dans la pharmacie

En médecine, le potassium est surtout utilisé pour corriger les déficits, le plus souvent sous prescription en raison des risques liés à un mauvais dosage. Ces déficits apparaissent lorsque l’organisme perd du potassium, notamment sous l’effet de certains diurétiques — prescrits pour traiter l’hypertension ou l’insuffisance cardiaque.

L’alimentation, notamment certains fruits comme la banane, contribue aux apports quotidiens et peut aider à compenser de légères pertes. Elle ne remplace toutefois pas un traitement médical lorsque le déficit est important.

Dans le doute ou pour toute question, n’hésitez pas à consulter votre pharmacien.ne.

L’avenir du potassium

— Le potassium dans les sols diminue

Malgré son abondance dans la croûte terrestre, pour nombre de régions agricoles, la fraction de potassium réellement disponible pour les plantes, celle qui circule dans le sol (potassium accessible), tend à diminuer. La majeure partie se trouve enfermée dans les minéraux des roches ou fixée dans certaines argiles (potassium total). Cette réserve se libère lentement.

Chaque récolte emporte une portion du potassium absorbé par la plante. Grains, fruits, tubercules, fourrages ou paille, exportés hors du champ, retirent ce nutriment du cycle local. Lorsque les apports ne compensent pas ces sorties, le potassium accessible s’épuise, même si le sol demeure riche en potassium total.

Le phénomène peut passer inaperçu pendant des années. Les rendements paraissent acceptables, puis ralentissent ; les plantes résistent moins bien à la sécheresse, utilisent moins efficacement l’eau et deviennent plus sensibles à certains stress. Dans plusieurs systèmes d’agriculture intensive, les pertes en potassium ont longtemps été sous-estimées au profit de l’azote, dont les effets visuels sont plus immédiats.

Certaines pratiques accentuent la tendance : exportation complète des résidus de culture, absence de compost, rotations courtes ou sols sableux, qui retiennent moins les nutriments. À l’inverse, le retour des paillis, les amendements organiques et une fertilisation ajustée peuvent freiner cette dégradation invisible.

Une grande part de la potasse mondiale provient de quelques bassins miniers, notamment au Canada, en Russie, en Biélorussie et en Chine. Lorsque les prix montent, les producteurs hésitent parfois à appliquer les doses nécessaires, accélérant l’appauvrissement des terres.

L’enjeu de l’avenir du potassium en agriculture n’est probablement pas une pénurie ou un épuisement de la ressource, mais notre capacité à maintenir sa bonne circulation dans les sols cultivés.

— Le potassium pour raconter la Terre primitive

Des études récentes donnent au potassium un rôle inattendu : celui d’outil pour explorer les premiers temps de notre planète, avant la collision géante à l’origine de la Lune, et qui a profondément modifié la Terre il y a environ 4,5 milliards d’années.

En 2025, des chercheurs au Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont mis en évidence un déficit inhabituel en potassium-40 dans certaines roches du Groenland, du Canada et dans des laves d’Hawaï. Selon leur interprétation, ces matériaux pourraient provenir de zones restées peu mélangées depuis les débuts de la planète, ayant conservé une partie de la chimie de la proto-Terre. Autrement dit, des matériaux très anciens, issus du manteau profond, remontés lentement vers la surface par les mouvements internes de la Terre.

Aussi en 2025, une autre équipe dirigée par l’Institut de Physique du Globe de Paris a utilisé les isotopes du potassium pour étudier la roche groenlandaise d’Akilia, âgée de plus de 3,6 milliards d’années. Leurs résultats appuient l’idée d’une origine sédimentaire marine. Si cette hypothèse se confirme, cette roche compterait parmi les plus anciens témoins d’un océan.

Les isotopes du potassium pourraient ainsi contribuer à reconstituer la composition initiale de la Terre et les premiers environnements de notre planète.

Roche d'Akilia, au Groenland.

La roche d’Akilia, située sur une île du sud-ouest du Groenland et datant de plus de 3,6 milliards d’années, compte parmi les plus anciennes de la planète et serait d’origine sédimentaire. Image © Mark VAN ZUILEN, CNRS

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