Un pharmacien invente l’allumette

 

 

le résumé

Certaines petites choses de la vie courante nous sont acquises, sans que nous en saisissions l’importance. Prenons l’allumette, par exemple, qui sera probablement utilisée dans les prochaines semaines pour allumer vos feux de camp.

C’est à un pharmacien britannique du nom de John Walker (à ne pas confondre avec Johnnie Walker) que nous devons son invention, dans sa forme actuelle. Peut-être faudrait-il avoir vécu au 19e siècle pour comprendre à quel point il est agréable de pouvoir, aujourd’hui, « craquer » une allumette sans risquer de faire exploser la maison ou de devenir sourd en raison du bruit.

les détails

Comme nombre de grands inventeurs, John Walker (1781-1859) est presque passé inaperçu. C’est pourtant curieux pour un homme qui, par ailleurs, aimait se promener avec un accoutrement peu courant à l’époque, soit un chapeau haut de forme en castor, une cravate blanche et de hautes chaussettes grises. Pharmacien, il était également botaniste et minéralogiste, et occupait la plupart de son temps à ses travaux de chimie. 

Un peu d’histoire

Les premières allumettes ne datent pas d’hier, mais bien de l’Antiquité. Il s’agissait alors de petits bâtons de bois, en général recouverts de soufre, qui servaient de relais entre la braise ou le feu et ce qu’on voulait enflammer. Le mot « allumette » a fait son apparition dans les années 1200, faisant référence à une bûche servant à faire prendre un feu

Les allumettes oxygénées… 

Le français Jean-Joseph Chancel, assistant du chimiste Louis Jacques Thénard, est le premier à découvrir qu’une tige de bois enduite de chlorate de potassium, de soufre, de sucre et de caoutchouc peut s’enflammer — sans contact avec le feu — si on la plonge dans un flacon d’amiante dans lequel il y a de l’acide sulfurique. Ce sont les « allumettes oxygénées », qui coûtaient très cher et surtout, qui étaient excessivement dangereuses. Pas étonnant donc qu’elles n’aient pas fait long feu…  

Des friction lights de John Walker aux lucifers de Samuel Jones

Le pharmacien John Walker est celui qui a inventé, en 1827, la première allumette qui s’allume par friction, comme on la connaît aujourd’hui. S’inspirant des travaux d’un physicien et chimiste irlandais, Robert Boyle, il imagine un mélange qui, par friction sur une surface rugueuse, peut s’enflammer. En bon scientifique qu’il était, et ne voulant pas faire connaître le procédé de sa découverte, il refuse de la breveter, se contentant de commercialiser lui-même son produit, et de vaquer à ses occupations de pharmacien, botaniste et minéralogiste. Ce procédé de fabrication des allumettes finit par être breveté sous le nom de lucifers par un certain Samuel Jones. Les lucifers présentaient néanmoins de nombreux problèmes : flamme instable et violente, odeur désagréable. On dit que malgré tous ces désagréments, le nombre de fumeurs augmenta en raison de cette invention. Ils pouvaient enfin déambuler dans la nature, avec leurs cigarettes, cigares et pipes, en toute indépendance.   

Enfin, des allumettes non explosives et silencieuses ! 

Par la suite, un hongrois, János Irinyi, contribue à la mise au point de la première allumette non explosive et silencieuse. Un français, Charles Sauria, ajoute au procédé du phosphore blanc, ceci pour éliminer l’odeur du soufre. Ce moment marque le début de la production industrielle des allumettes, qu’il fallait conserver dans des boîtes hermétiques. Et pour cause : les ouvriers impliqués dans la fabrication de celles-ci se sont mis à développer des nécroses osseuses, une maladie qui avait pour effet de les défigurer, rongeant leur mâchoire et leur nez, et qui pouvait être mortelle. En 1906, la Convention internationale sur l’interdiction du phosphore blanc (jaune) dans l’industrie des allumettes est édictée, obligeant les industriels à continuer leurs recherches. 

Les allumettes de sûreté ou « allumettes suédoises »

En 1844, un suédois, Gustaf Erik Pasch, invente l’allumette de sûreté, ou encore « allumette suédoise », dans laquelle le phosphore blanc est remplacé par le phosphore rouge dont les propriétés sont moins nocives et plus stables. On parle d’« allumette de sûreté », car elle ne s’enflamme que par friction avec un grattoir spécial, sur lequel se trouvent des éléments chimiques qui ont une réaction avec ceux de l’allumette.  

Et aujourd’hui ? 

Les allumettes dont nous nous servons aujourd’hui sont encore les allumettes dites de sûreté ou suédoises. Nous sommes bien loin des expériences explosives ou nauséabondes du pharmacien John Walker, mais même si cela semble difficile à croire, l’allumette, lorsqu’on l’allume, est encore aujourd’hui le théâtre d’un cocktail complexe de réactions chimiques que l’on ne peut apercevoir à l’œil nu. 

le clin d’œil du pharmacien

Dans son livre « Pour la protection du genre humain », Albert Einstein écrivait « que la découverte des réactions atomiques en chaîne ne constitue par pour l’humanité un danger plus grand que l’invention des allumettes. Mais nous devons tout entreprendre pour supprimer le mauvais usage du moyen ». 

Malgré ce que l’illustre physicien en pensait, l’invention des allumettes n’a pas eu que des bienfaits : on estime qu’elle a contribué à l’augmentation des fumeurs, un véritable cataclysme dans le monde d’aujourd’hui

Pour finir sur une note moins dramatique, voici ce que Marcel Pagnol faisait dire à César, alors qu’il sermonnait son fils Marius : « L’honneur, c’est comme les allumettes : ça ne sert qu’une fois ». 

Sur ce, demeurez prudents cet été avec les allumettes en forêt et respectez les consignes d’interdiction de faire des feux extérieurs, lorsqu’elles s’appliquent.

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